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2021-03-06T16:55:21+01:00

LE RÊVE DE LISANDRU...

Publié par Morwenna Mairin Morgan

LE RÊVE DE LISANDRU

EXTRAIT : CHAPITRE 1

Note de l’auteur,

Comme vous le découvrez à la fin de chacun de mes livres, je suis un personnage. Je fais partie d’un vaste imaginaire, une longue lignée de légendes ainsi que d’un monde où le réel et l’irréel se côtoient pour ne faire qu’un.

Je raconte des histoires depuis très longtemps.

Celle-ci m’a été inspirée par un petit garçon né sur l’Île des Merveilles dont je vous ai tant parlé.

Cet enfant prouva son immense courage face à un ennemi invisible : la maladie. Alors qu’il se battait, ne lâchant rien, supportant vaillamment traitements ainsi que bien d’autres tourments, je ne cessai d’admirer chaque jour sa témérité. Il fut mille fois chevaliers tant ses prouesses furent extraordinaires !

Malgré les épreuves endurées, il continuait ses pitreries qui touchèrent mon cœur et mon âme à jamais.

Je n’ai pu l’oublier.

Comme lui, de nombreux enfants font ainsi preuve d’héroïsme face à la souffrance imposée par leur affection.

L’histoire que je vous propose de découvrir ne parle pas de troubles de la santé. Elle raconte seulement comment un petit garçon a su vaincre tous les obstacles par son seul courage, sa détermination, et … l’aide d’un étonnant personnage qui va s’inviter dans cette merveilleuse aventure afin que le rêve de cet enfant devienne une réalité…

 

« La rigueur vient toujours à bout de l’obstacle. »

« Tout obstacle renforce la détermination. Celui qui s’est fixé un but n’en change pas. »

Leonard de Vinci

1

Un jour, j'y arriverai !

Les deux mains sur les hanches, Lisandru regardait passer les oiseaux sauvages, la mine renfrognée.

  • Oui, un jour, c’est sûr, j'y arriverai ! pensait-il en mâchouillant un brin d’herbe, le front plissé et l’air songeur.

Lisandru était le fils unique d’une modeste famille de paysan des hautes montagnes.

Il avait un rêve.

Le mot obsession serait plus juste, car cela occupait chaque instant de sa vie, chaque espace de ses pensées.

Il rêvait de voler.

Voler, voler, toujours voler !

Atteindre les cimes des monts enneigés !

Voler avec les corneilles ou les aigles au milieu des nuages !

Voilà quel était le désir le plus cher de Lisandru !

Partout sur les grands plateaux au maquis si parfumé, chacun se moquait de ce « doux rêveur », comme ils s’appliquaient à le nommer.

Il fallait les voir rire à s'en tenir les côtes chaque fois que Lisandru tentait un nouvel exploit. Certes, ses mésaventures finissaient bien souvent dans un buisson épineux. D’ailleurs, la dernière fois où ce fut le cas, il fallut à sa mère plus de trois jours pour ôter les milliers d’épines qui s’étaient logées sur toute la surface de son corps. Certaines de ces hôtes indésirables, un peu trop affûtées, étaient venues se loger dans une région de son anatomie que la bienséance nous empêche, ici, de révéler le nom. Il y eut aussi la fois où il resta plus d'une demi-journée suspendu à la plus haute branche d'un orme centenaire. Il était également difficile de cacher, le matin où il atterrit dans la porcherie du Père Pasquale. Pendant qu’il pataugeait au milieu des porcs et des porcelets, Lisandru sut en cet instant qu'il allait atteindre le summum des moqueries dans toute la pieve. Oui, le summum des moqueries fût atteint, ce jour-là, et même au-delà de ce qu'il pouvait supporter.

C’était ainsi.

Lisandru était devenu le souffre-douleur de tous les gars de son âge.

Cela l’exaspérait.

Parfois, cela lui faisait même de la peine.

Heureusement, sa passion reprenait vite le dessus. Ce nouvel échec n’était rien.

Il savait qu’il réussirait un jour.

Alors, comme à chaque fois, après un lourd soupir, il se remettait à l'ouvrage, bricolant, démontant, sciant, remontant, encore et toujours, une de ses inventions infernales. Il continuait ainsi à alimenter les plaisanteries des uns et des autres.

À cause des chutes répétées de son enfant, toutes plus spectaculaires les unes que les autres, sa mère allait, chaque jour remercier la déesse-mère comme pour exorciser ses pires cauchemars. Elle accomplissait ses offrandes rituelles de gerbes d'orge et de blé qu’elle liait soigneusement d’une tresse de lin piquée de fleurs bleues séchées.

  • Ma Déesse, merci de me garder, mon cher petit en bon état, priait-elle. Ce sacripant va me rendre folle d'inquiétude à force de vouloir imiter le vol des oiseaux. Ma Déesse, continue à bien le protéger, et essaye de faire comprendre à cet écervelé que si tu avais voulu que, nous, les Hommes, volions, tu nous aurais mis des plumes partout sur le corps et des ailes à la place des bras.

 

Bien évidemment, la pauvre femme continua à se faire mille soucis et à ficeler des gerbes d'orge et de blé liées d'une tresse de lin piquée de fleurs bleues séchées.

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2021-03-06T16:30:20+01:00

DONNALUNA, ENTRE DEUX MONDES ...

Publié par Morwenna Mairin Morgan

DONNALUNA, ENTRE DEUX MONDES ...

sera un roman pour les plus grands. J'avais envie d'explorer d'autres horizons d'écriture tout en restant dans mon imaginaire ...

Plus que trois chapitres pour que le Tome 1 soit terminé...

Merci Rebecca A. pour ton soutien sans faille dans ce projet et tes suggestions si pertinentes et inspirantes ...

EXTRAIT : PROLOGUE ET CHAPITRE 1...

Prologue

Le bruit de la chute du plat en étain résonna avec fracas dans la chambrée malgré les lourdes tentures tissées. Elisèu poussa un cri de surprise mêlé de crainte. Devant sa moue apeurée, la maîtresse des lieux perdit patience et apostropha violemment sa servante :

- « Petite sotte, tu ne peux donc pas faire attention ? Serais-tu si maladroite qu’il te manque deux mains pour faire les choses correctement ? »

- « Excusatz… dòl, senhora, ye ne ferè plus, promis », s’excusa la jeune suivante, cherchant ses mots, ne sachant comment se faire pardonner sa maladresse.

Elisèu était une domestique dotée d’un grand cœur. Le riche marchand ne s’y était d’ailleurs pas trompé, lorsqu’il y a bien longtemps, il lui offrit le gîte et le couvert. Humble et docile, elle ne savait plus, depuis, comment lui témoigner sa reconnaissance pour cet acte d’une grande générosité. Il lui avait permis d’avoir des conditions de vie bien plus dignes que celles qui lui étaient destinées. Nombre de ses amies d’enfance n’avaient pas eu cette chance. Certaines d’entre elles avaient été abandonnées et placées au service de personnes riches qui honteusement les avaient exploitées. Esclaves des pires corvées, elles étaient pour la plupart dans un état de malnutrition sévère. Les misérables deniers consentis par leurs maîtres ne leur suffisaient même pas à se vêtir décemment. Des haillons étaient souvent leur unique tenue quotidienne. Quelques-unes avaient pu lui confier leurs tourments. Après les avoir maintes fois battues, leurs maîtres se plaisaient à les asservir davantage afin de satisfaire tous leurs fantasmes. Les scènes décrites étaient d’une insupportable cruauté.

Elisèu savait comment ces filles-là finissaient. Engrossées, elles étaient, la plupart du temps, congédiées sans autre forme de procès, renvoyées dans la rue, sans un toit pour se loger, ni un sou pour vivre. De foyers, ces pauvres gamines n’en avaient plus. Déshonorées, leurs familles ne les reconnaissaient plus comme leur enfant. Offrir leurs corps misérables contre une maigre obole demeurait hélas la seule solution à leur survie.

Ses tâches n’étaient pas des plus faciles, mais Elisèu appréciait sa vie. Elle avait une chambre avec un bon feu dans la cheminée. Un trésor pour une fille comme elle qui n’avait jamais pu trouver époux, car, sans dot, cela lui était impossible.

Son modeste bonheur aurait pu être parfait si l’arrivée de la jeune épouse de son maître n’était venue bouleverser son quotidien.

C’était une femme perfide et cruelle qui savait masquer sa méchanceté sous l’apparence trompeuse de la bonté. Elle savait berner son monde avec ses airs innocents ! Elisèu avait reconnu le démon qui se cachait en elle ! Elle se désespérait de voir son maître être sous l’emprise de ses caprices et de ses fantaisies.

Ce soir, cette peste de l’enfer n’avait eu de cesse de la tourmenter la troublant au point d’occasionner mille maladresses ! Cela réjouissait, la perfide sorcière, gratifiant son ordinaire de sa dose indispensable de machiavélisme.

Grande de taille, longiligne, elle aimait particulièrement brosser sa chevelure dense, longue et brune où le soleil couchant venait y réveiller des reflets flamboyants. Elle était de noble naissance. Sa peau était laiteuse comme l’albâtre. Ses yeux étranges avaient cette capacité de changer de couleur en fonction de la manière dont la lumière s’y reflétait. Elle se savait belle.

Elle restait distante et secrète sauf quand ses amies de la noblesse du comté venaient la visiter.

Elisèu était intriguée tout en la maudissant intérieurement. Elle observait ses nombreuses disparitions à l’intérieur d’une pièce de l’immense demeure. Sa maîtresse gardait la clé par-devers elle, pendue à une chaîne d’argent. La chambre secrète était un lieu dont elle avait seule la jouissance. Quiconque oserait y pénétrer s’exposerait à son courroux.

Le maître laissait faire tant il était épris jusqu’à en devenir aveugle.

Mais c’était ainsi et Elisèu ne pouvait rien y changer.

Reine en sa demeure, elle demanda ce soir-là des chandelles de cire à sa jeune servante. Elisèu, étonnée, partit en chercher, sachant qu’aucune de celles de la maison n’étaient consumées. Elle sut que l’infernale noble dame souhaitait l’éloigner afin de pouvoir se réfugier dans son antre.

Soumise aux ordres, Elisèu s’exécuta pourtant, en silence. Elle descendit dans les sous-sols, et y prit deux candélabres d’argent. Elle les plaça dans une panière d’osier en compagnie d’une courtepointe et d’une couverture de laine. Les bras chargés de son fardeau, elle gravit péniblement les marches de pierre. La demeure de ses maîtres était somptueuse, ressemblant à un château en miniature. Des tentures ornaient richement les murs, les illuminant de leurs décors chamarrées. Elles racontaient des scènes de chasse ou d’amour courtois. Elisèu aimait les contempler lorsqu’elle avait un peu de temps. A ce moment précis, seul cet escalier interminable occupait ses pensées, car il lui fallait atteindre l’étage sans laisser tomber son panier.

A peine son pied eut-il franchi la dernière marche qu’elle entendit un bruit insolite venant de l’autre aile de la bâtisse.

C’était là que se trouvait la pièce maudite.

Intriguée, elle posa sa corbeille en osier sur le sol. Pas à pas, elle se dirigea vers la zone d’où provenaient les bruissements et les chuchotements. Silencieuse, elle prenait soin que chacun de ses pieds se fissent le plus discret possible. Il lui fallait éviter les planches grinçantes du parquet en châtaignier.

La porte de l’entrée de la salle damnée était largement ouverte.

Sa curiosité plus puissante que sa peur, Elisèu pénétra dans l’espace. La lumière de milliers de chandelles se tamisait sous l’effet des voilages rouge sang. Les étoffes transformaient l’or des flammes en nuées écarlates. Elles construisaient un labyrinthe mystérieux dans lequel Elisèu s’enfonça le cœur battant. Au fur et à mesure qu’elle avançait, des bruits étranges se firent plus précis.

De sa main tremblante, elle souleva le voile pourpre. Ce qu’elle vit, la pétrifia d’effroi. Une tête humaine reposait sur un plat en or. Du sang coulait du cou laissant une trace rubis, longue et visqueuse, s’écouler vers le sol. L’odeur métallique et fade envahissait ses narines étouffant sa terreur. Une étoile à cinq branches était dessinée au sol. A chaque extrémité, la lumière vacillante d’une bougie noire éclairait le corps d’une femme, démembré et dépecé. Un homme, le visage maculé de sang était penché au-dessus du cadavre assouvissant un plaisir charnel. Gémissant et gesticulant comme un damné, sa transe ignorait le monde réel et la présence de la suivante terrorisée.

Figée ainsi, Elisèu ne vit pas l’ombre s’approcher d’elle. Alors qu’elle essayait vainement de sortir un son de sa bouche, une douleur transperça son flanc gauche. Le sang jaillit de la plaie qu’elle essaya maladroitement de compresser avec ses mains. Elles ne rencontrèrent que le métal glacé d’une lame. Ces yeux croisèrent un regard dont l’intensité changea de couleur, l’iris de ses yeux ayant épousé la fureur du démon.

Elle se mit à hurler.

Ses cris n’eurent pour seul effet que d’accroître la douleur. Celle-ci revint à la charge par vagues successives, puissantes. Terrifiée, Elisèu tenta d’arracher l’arme de son torse en tirant désespérément sur le pommeau.

Un rire machiavélique, inhumain éclata soudain lui glaçant le sang.

Deux mains empoignèrent la dague et l’enfoncèrent jusqu’à la garde. Les yeux de la peste de l’enfer plongèrent son regard dans celui d’Elisèu. Elle se délectait des multiples souffrances de sa proie.

Regardant sa servante s’affaisser vers les ténèbres, elle sut que celle-ci s’en irait avec son image comme dernier souvenir. Cette simple pensée attisa son extase jusqu’à en jouir.

Elisèu suffoqua sous la pression du poignard.

Basculant dans l’obscurité, expirant son souffle ultime, elle entendit le rire infernal la poursuivre jusqu’à son passage vers l’éternité. 

1

Enya

J'ai grandi sur une île des merveilles, blottie dans un écrin d'Azur. J'ai fait mes premiers pas au cœur des cistes odorants et des chênes torturés par une nature insoumise. Les fleurs y sentaient bon le parfum des immortelles. Des pluies d’automne s’échappaient des fragrances enivrantes et poivrées de menthe sauvage. Les clairières qui bordaient la lisière de la forêt, avaient, souvent en cette période de l’année, des odeurs musquées que laissaient, dans leur sillage, le passage des cerfs en rut. Lorsque la lune ronde et dorée inondait le pré de sa lumière blanche et froide, leurs silhouettes franchissaient les barrières de fougères, avec l’allure fière et hautaine des rois. Ils tendaient alors leur tête couronnée de bois vers le ciel étoilé. Leurs pelages noirs et tachetées se découpaient en ombres étranges et la nuit s’enchantait du son long et plaintif de leur bramement.

Mon village niché sur les hauteurs d'un mont dominait de sa toute puissance un golfe où une eau cristalline, dont les embruns chatouillaient nos narines les jours de grand vent, se perdait à l’horizon. Les matins sans nuage, nous pouvions distinguer les îlots qui nous faisaient face. Je sentais en moi des désirs d’évasions, le monde m’appelait et je n’en avais aucune peur, car il semblait être mien…

A l'adret, les falaises abruptes plongeaient vers une plaine verdoyante où quelques brebis venaient paître, se délectant avec gourmandise des herbes grasses rafraîchies par les rosées matinales.

Aussi loin que mes souvenirs m'entraînent, je n'ai jamais rien vu de plus beau. Les montagnes environnantes hissaient haut un éventail de couleurs pour rejoindre leurs cimes enneigées semblant toucher le ciel.

Les anciens leur vouaient une crainte respectueuse.

- Il n'y a pas de place pour les imprudents, nous affirmaient-ils.

Pendant les veillées au coin du feu crépitant, conteuses et conteurs, très nombreux dans mon village, disaient, à propos des montagnes environnantes, qu'elles étaient les gardiennes des légendes et des secrets. Mais également des sources, dont on ne doit pas révéler les noms. Là où elles naissent, les lieux sont sacrés et chargés de mystères.

C'est là que j'habitais avec mes parents, Orsu et Maddalena, dans une maison de granit gris. Elle n'était pas bien grande mais elle suffisait à notre bonheur tant l'amour et la tendresse y étaient omniprésents.

C'étaient des gens bienveillants à qui je vouerais, toute mon existence, une reconnaissance sans faille.

Nous vivions une époque où la pauvreté était le quotidien; le confort et les commodités nous étaient inconnus. Nous possédions d'autres richesses bien plus importantes qui égayaient nos vies, par la beauté des terres qui nous entouraient, et par les récoltes abondantes qu’elles nous donnaient. Nous comblions les manques par une solidarité spontanée et généreuse, héritée de nos ancêtres, qui nous liait tous.

Parmi ces personnes bienheureuses, mes jeunes années furent aussi douces que la rivière qui serpentait en cascades lumineuses le long des pentes rocailleuses du mont de mon enfance.

Il n'avait pas de nom.

Cela faisait des années que les habitants de mon village en cherchaient un, sans succès.

Je baignais dans l’amour de mes parents.

J’étais aimée.

Mais je ne leur ressemblais point.

Leurs cheveux étaient d'un noir de jais tandis que les miens dégringolaient en cascades de miel jusque sur mes épaules.

C'était ce que ma mère ne cessait de me dire tout le temps avec son doux sourire empli de tendresse. Les différences ne s'arrêtaient pas là. Ma peau était aussi claire que l’albâtre. Des tâches rousses constellaient mon corps de la pointe des pieds jusqu'à la racine de mes cheveux. Comme les autres habitants du village, mes parents avaient le visage bruni par les embruns de la mer et par le soleil, si puissant à cette altitude.

Cette distinction physique ne dérangeait personne, pas plus que Petru, celui qu’on nommait l’idiot du village, ou Dumè et sa jambe de bois !

Tout le monde vaquait à ses occupations sans se soucier des différences.

Bien souvent, quand les tâches de ma mère étaient accomplies, nous partions cueillir des fleurs sauvages pour déposer un bouquet odorant aux pieds d’une statue drapée dans une épitoge bleue. Son sourire semblait remercier Maddalena. Leur ressemblance était troublante. Je connaissais son histoire et celle de son fils bien-aimé, elle me fût contée durant ma petite enfance, les soirs au moment du coucher.

Une histoire d'amour pour sauver l'humanité…

Ma mère était une adepte très discrète d'anciennes croyances, comme sa mère avant elle. Il en était ainsi depuis maintes générations. Les femmes de ma famille détenaient des savoirs immémoriaux, mais semblaient aussi me cacher des secrets. Comme tous les enfants, mes oreilles très curieuses ont entendu quelquefois des bribes, de-ci de-là, de bien étranges histoires.

Jadis, une femme, dont personne ne connaissait le nom, parvint jusqu’à notre île. L'enchanteresse, comme tout le monde finit par la nommer, arriva un matin d'automne. Elle traversa les pieve, de part en part, parée d'un chapelet de perles sculptées d’énigmatiques symboles. Elle les scrutait, à chacun de ses pas, semblant y chercher son chemin dans la nature.

On raconte qu'elle trouva un lieu sacré, invisible aux yeux des habitants, et qu’elle s'y installa. Dans tous les villages alentours, elle tissa des liens profonds et puissants d'amitié, car nulle en elle ne voyait de danger.

Aux femmes, en particulier, elle enseigna les secrets des potions de guérison et autres philtres pour améliorer le quotidien. En échange, celles-ci lui apportaient ce que leurs mères leur avaient transmis, agrémenté de paniers de vivres en guise d’offrande. L’enchanteresse chantait souvent dans une langue inconnue de tous. Tantôt gais tantôt mélancoliques, ces airs faisaient rêver les villageois. Certains s’en méfiaient, ils la comparaient aux sirènes que les marins évoquaient sans vraiment y croire. Fascinés par sa voix, ils craignaient l’ensorcellement.

Ceux-là, nous faisaient bien rire maman et moi !

Quant aux autres, ses envolées envoûtantes inspirèrent et stimulèrent leur imagination à un point tel qu'ils en vinrent à créer des choses extraordinaires. Quelques-uns sculptèrent des pierres et en firent des bijoux. D’autres préférèrent travailler le bois que la nature leur offrait en abondance. Certains gravèrent sur des poutres des arabesques à la finesse remarquable.

Les femmes, de leur côté, créèrent des couronnes de fleurs, des colliers de coquillages triés par les enfants. Il planait alors sur notre communauté une énergie mystérieuse.

Nous étions tous portés par une imagination féconde.

Cela faisait des années qu’on n’avait plus vu l’Enchanteresse dans notre village, mais aucun des membres de ma famille, -de ceux qui osaient en parler-, n’avait oublié le croissant de lune entre ses sourcils.

Les années passèrent et le monde connut bien des tracas. Une nouvelle religion était arrivée, venue de l'autre côté de la mer. Les habitants l'accueillirent avec beaucoup de méfiance. Personne ne savait dans l'île ce que tout cela allait changer dans les vies de chacun. Cela occasionna bien des inquiétudes.

Des rumeurs d’invasions laissaient planer l’horreur, il était question d’actes abominables, d’incendies de village.

Tétanisés par l'éventualité d’un assaut, nous avions perdu notre candeur. Nous étions des pacifistes et nos croyances honoraient la déesse-mère, nourricière de la terre. Celle qui louait les êtres invisibles qui vivaient dans chaque élément de cette nature si généreuse.

Les femmes et les hommes célébraient la lune et le soleil et vivaient aux rythmes des saisons.

C'étaient des périodes d'harmonie et de sérénité lorsque, bien sûr, les horizons bleutés n'amenaient pas leur lot de barbares guerriers.

J'aimais ma terre et tous ceux qui y vivait. Ce n'était pas un monde parfait mais nous savions, pour avoir vécu le pire, qu'il était important de vivre en nous préservant les uns des autres. C'est ce qui faisait le charme de notre petite communauté. Je traînai souvent mes pas vers la nature excentrique et sauvage.  Ma différence, même  si elle ne gênait personne, commençait à faire germer des questions dans mon esprit, le troublant au point que je trouvai refuge dans la solitude. Mes promenades solitaires me menaient à chaque fois vers un lieu éloigné du village, là où la colline descendait vers les falaises. Sur le bord d'un chemin caillouteux, une petite maison de pierre abritait une femme qui, malgré son grand âge, était devenue mon amie. A l'arrière de la bâtisse, une autre lui faisait face, basse et longue, où Talia avait son atelier. Elle y confectionnait des parures de bijoux qu'elle échangeait contre de la nourriture, des matériaux ou des tissus avec lesquels elle créait des vêtements pour chaque saison. Alors, je venais la regarder travailler car j'admirai la dextérité de ses gestes, tout en puissance et en finesse. Talia parlait peu. Elle venait de très loin, par-delà les mers, comme l'enchanteresse, mais ce n'était pas elle. De cela, j'en étais sûre. Sa peau était claire et se colorait au soleil de reflets de bronze qui faisait ressortir ses yeux d'un bleu si clair qu'ils ressemblaient à l'eau cristalline des rivières. Elle portait ses longs cheveux blancs ramassés en chignon. Les mèches y étaient lissées en tresses et donnaient à sa nuque un port digne d'une reine. Elles se jouaient de la lumière lorsque le soleil venait les caresser. Dans la bâtisse, un four ronronnait en continue distillant une chaleur bienheureuse l'hiver, mais qui devenait vite pénible dès que les chaleurs de l'été apparaissaient. Porté à forte température, il lui permettait de fondre de l'étain et du cuivre et de les allier ensemble. Ensuite, elle les coulait dans un moule de bronze. Comme par magie, elle en sortait des pendeloques qu'elle montait ensuite en collier ou en boucle d'oreilles. 

Talia travaillait à ses pièces lorsque je vins la voir un matin, la mine renfrognée. 

  • « Qu'as-tu encore ce matin? » me questionna-t-elle en roulant légèrement sur les syllabes. 
  • « Oh, rien !» répondis-je faisant une grimace qui en disait long. 
  • « Teuh, teuh, teuh, dis cela à d'autres, mais pas à moi, javāna a̔aurata (jeune fille)  » renchérit-elle en m'observant du coin de l’œil.

La moue boudeuse, je m'affalai sur  le premier siège à côté d'elle. 

  • « Talia, je me sens différente des autres...  » 
  • « Des autres, quoi ? » rétorqua-t-elle, l'air malicieux. 
  • « Oh, ne fais pas celle qui ne comprend pas ! Tu sais exactement de quoi je parle ! Regarde-moi, puis va au village et dis-moi qui, de tous les habitants du village et des hameaux tout autour, a le même physique que moi? Aucun!  » m'exaspérai-je face à son calme serein. 
  • « Et, est-ce si grave ? » me demanda-t-elle soudain sur un ton plus sérieux. 
  • « Non, je sais bien que ce n'est pas grave, mais, je n'y peux rien. Dès que je me réveille, il arrive parfois que des milliers de questions se bousculent dans ma tête. Le pire, c'est qu'elles ne veulent plus en partir. et cela m'agace ! » 
  • « Si au lieu de te poser toutes ces questions qui grignotent des bouts de temps de ton enfance et, qui te gâchent tes journées, ne serait-il pas plus intéressant de t'amuser et de profiter de la vie?  » objecta-t-elle tout en étalant les pigments de couleurs sur les pendants qui allaient devenir une magnifique parure. 

Sa logique était d'une implacable sagesse et je savais pourquoi elle était mon amie. 

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2021-03-06T16:18:38+01:00

NOUS ALLIONS VERS LA LIBERTÉ ...

Publié par Morwenna Mairin Morgan

NOUS ALLIONS VERS LA LIBERTÉ ...

EXTRAIT : CHAPITRE 5

Cette histoire dormait en moi depuis très longtemps. Puis, mon fils cadet a étudié en classe de 4ème, le livre de Madame Simone Veil : Mon enfance au temps de la Shoah. 

Sur une classe de 30 élèves, seul, mon fils savait ce que voulait dire la Shoah... 

Puis, un ami enseignant fut sidéré lorsqu'un de ses élèves pensait que Danielle Casanova était un bateau. Résumer une héroïne insulaire à un simple navire avait quelque chose d'inquiétant, comme si l'histoire ne se transmettait plus au sein des familles ...

Alors, j'ai voulu que ce soit un petit garçon qui raconte son histoire. Une petite touche de souvenirs imaginés, une aventure contée afin que la mémoire de cette époque ne soit pas oubliée ...

C'est avec beaucoup d'humilité que je partage ici un extrait. 

Il me reste un chapitre à écrire pour que le Tome 1 soit terminé ...

5

Paris, 15 juillet 1942,

Mon cher carnet,

Les temps sont devenus bien tristes comme tu as pu le constater.

Les gens se méfient.

Ils surveillent leurs voisins.

La haine a remplacé l’amour dans le cœur de certains.

En l’espace de deux hivers, la part de nos repas a fondu comme neige au soleil.

Ils appellent ça le rationnement. Ma mère et mon père m’ont raconté que pendant la guerre d’avant, il y a longtemps de cela, il y avait déjà du rationnement pour soutenir les soldats qui se battaient dans les tranchées. Ce fut une période et une guerre terribles ! Grand-père David et saba Joshua y étaient. Ils avaient même reçu tout un tas de médailles pour des actes d’héroïsme dont ils ne parlaient jamais. Les médailles, quant à elles, étaient bien rangées, oubliées dans des boîtes de carton rouge tout au fond des tiroirs des grands meubles en châtaignier noir dans la salle à manger de leurs appartements respectifs.

Te raconter, cher carnet, comment nous avons pu en arriver là est très difficile pour moi, car je ne suis encore qu’un enfant.

Tout ce que j’ai pu observer avec les yeux de mon âge, ce sont des changements dans mon quartier que je n’ai pas bien compris au début.

Des voisins qui venaient spontanément dire bonjour à mes parents commencèrent à ne plus leur serrer la main avec l’effusion dont ils étaient coutumiers.

Ils faisaient un bref signe pour nous saluer, avec un air gêné, comme si c’était de notre faute s’ils ne savaient plus nous dire bonjour normalement comme avant!

Le geste ne dura pas très longtemps.

Très vite, ils nous tournèrent la tête en changeant de trottoir.

Ceux qui sont venus nous envahir ont pris tout ce qui restait à manger.

Il n’y avait plus grand-chose dans les épiceries ou les boucheries de notre quartier et encore moins dans celles des environs.

 

Je savais que mes parents se privaient pour ma petite sœur et moi.

Je le savais parce que je les avais vus nous donner leurs parts.

Donc, j'en avais déduis qu'ils sautaient des repas pour que nous puissions manger à notre faim.

Je savais qu'ils nous aimaient.

Par ce geste, moi, je les en ai aimé davantage.

Nous avons déménagé trois ou quatre fois.

Je ne savais plus.

Au départ, j’étais encore trop petit.

Puis, j’ai grandi très vite.

Dernièrement, des étoiles sont apparues sur les vestons et manteaux d'hiver.

Moi qui aimais les étoiles, celle-là, je les ai détestées de suite.

Il y a quelques mois, lors d’un après-midi où le froid dehors était glacial, on frappa à la porte de notre dernier appartement, refuge protecteur.

Un monsieur que je ne connaissais pas entra.

Il serra la main de mon père, salua ma mère avec cette chaleur amicale devenue rare dans les rues de ma ville depuis longtemps.

Surtout envers nous.

Une jeune femme l’accompagnait.

Elle avait le teint mat des gens du sud.

Un peu comme celui de ma grand-tante Déborah qui vivait dans un pays au nord de l’Afrique qui s’appelait le Maroc.

Nous fûmes surpris lorsqu’elle nous parla

En vérité, c’est surtout à mes parents qu’elle s’adressa.

Ma sœur Johanna et moi, nous étions cachés sous la table où les adultes nous avaient oubliés. De ma cachette improvisée, je pouvais voir les yeux de cette belle dame. Ils étaient aussi noirs que la couleur de ses cheveux. Comme le saphir étoilé des boucles d’oreilles de ma tante Sarah, ils pétillaient de mille feux animés par la passion qui habitait son visage généreux. Cependant, son large sourire bienveillant se crispait de temps en temps et sa bouche qu’il ornait n’annonçait sûrement pas de bonnes nouvelles.

Je n’ai pas compris si son prénom était Danielle ou Hortense ou bien les deux. Après tout, je m’en moquais car elle me plaisait bien cette belle dame. Je sentais une immense bonté en elle. C’était étrange, son visage me rappelait quelqu’un mais je n’arrivais pas à me souvenir. La fatigue sûrement… Puis, soudain, ce sourire… ces yeux… Mais, bien sûr ! Comment avais-je pu être stupide à ce point ? Lella… Lella était aussi ravissante que dans mes souvenirs, même si son teint était plus pâle et les traits tirés par les mauvaises nouvelles qu’elle venait annoncer à mes parents. Je la fixais comme je l’avais fait par le passé pour ne jamais l’oublier. Je me promis une nouvelle fois que si je devais me marier un jour, ce serait avec une femme qui lui ressemblerait. Je serais un poète et je lui écrirais un poème d’amour comme Louis l’avait fait pour Elsa.

Vint le moment où Lella et son ami mystérieux qui connaissait maman et papa s’en allèrent. Je ressentis un drôle de douleur dans la poitrine comme si je savais que je ne les reverrais jamais. Avant que Lella ne disparaisse derrière la porte d’entrée, je lui tirai le bras doucement et la serra contre mon cœur.

Puis, soudain, tout bascula autour de nous.

Comme à chaque fois que cela arrivait, des sacs et des valises sortirent des murs comme par enchantement.

C’était une idée de mon père de les cacher ainsi dans toute la maison.

Nous y avions toujours un ou deux vêtements et nos trousses de toilette toujours prêtes comme si nous étions toujours en voyage.

C’était un peu le cas finalement.

Ma sœur et moi, nous fûmes rapidement emmitouflés dans des couches successives de pulls, de manteaux, écharpes et bonnets.

Nous partîmes ainsi coincés dans nos vêtements suivant nos parents au cœur de la nuit.

D’habitude plaintive, Johanna, ce soir-là, marcha à mes côtés, la bouille renfrognée mais incroyablement silencieuse.

Pour une fois, la voiture de mon père accepta de démarrer avec beaucoup de désespoir. Je pense qu’elle savait elle aussi que le monde avait changé.

Nous l’abandonnèrent avec un immense regret au coin d’une avenue déserte et sinistre. Il fallait se dépêcher.

Le couvre-feu n’allait pas tarder.

Nous n’avions pas encore mangé.

Mon estomac commençait à gargouiller.

J’avais peur qu’il nous fasse repérer.

Nous marchâmes pendant un certain temps pour finalement arriver transis de froid au pied d’un immeuble vétuste.

Un homme vêtu d’un costume sombre nous attendait.

Mon cœur battait à la chamade.

Les hommes en costume sombre ne faisaient pas seulement peur aux enfants depuis ces deux ans.

Apparemment, celui-là de costume sombre, mes parents n’en avaient pas peur. C’e n’est que lorsque je le vis s’approcher, un peu fébrile, mais souriant, que je me souvins du compagnon de la belle Danielle-Hortense.

Anxieux, ma mère et mon père s’inquiétèrent de son absence.

La mine devenue sombre, l’homme mystérieux leur dit dans un murmure :

  • Simon, Hannah, je dois vous annoncer une triste nouvelle. Notre camarade Danielle vient d’être arrêtée toute à l’heure. Ils ont pris Maïe et George Politzer en même temps qu’elle. Elle venait leur apporter un peu de charbon de bois. C’est une catastrophe !

Puis, regardant de droite à gauche l’air soucieux, il continua toujours en chuchotant :

  • Suivez-moi, nous ne pouvons pas rester là dans la rue à découvert.

Nous avons donc suivi l’homme mystérieux qui portait un costume sombre. J’appris cinq minutes plus tard qu’il s’appelait en réalité Victor. Seulement Victor, je n’en saurais pas plus.

De mon côté, j’étais désemparé. Ma belle Lella venait d’être arrêté par les gens qui ne nous aimaient pas. Je savais qu’elle courait un grave danger.

Malgré mes dix ans, je le savais.

Depuis que nous sommes partis cette nuit-là, ses yeux noirs me suivent partout.

L’homme mystérieux, nommé Victor, ouvrit la porte d’un appartement au dernier étage du triste immeuble qui en comptait cinq. La montée des marches me parut interminable. Nous avions recouvert nos chaussures de vieilles chaussettes de laine épaisses pour étouffer le bruit de nos pas.

Avant d’engouffrer la longue clef dans la serrure de métal vert, il tapa discrètement trois coups secs suivi de deux dans la foulée. Sur le moment, je n’ai pas compris pourquoi il faisait cela.

La porte s’ouvrit enfin laissant apparaître mon oncle Éphraïm et ma tante Sarah. Ils se tenaient devant nous un sourire éclatant accroché sur leur visage. De chaque côté, se tenait mes deux cousins, Nathanaël et Jacob, l’air tout aussi ravi.

Le temps d’une seconde qui me parut interminable, mon regard chercha la personne qui manquait. Une tignasse de boucles d’or ébouriffées s’échappa soudain du chambranle de la porte suivie de près par une paire d’yeux malicieux que je connaissais très bien.

Comme mes parents me l’avaient conseillé, je le pris dans mes bras en silence. Ethan m’avait terriblement manqué tous ces longs mois passés.

Ce furent les retrouvailles les plus silencieuses que ma famille ait connu.

Seule, Johanna ne s’aperçut de rien. Épuisée, elle dormait affalée sur les épaules de notre père.

J’étais heureux d’avoir retrouvé une partie de ma famille.

En quelques secondes, la joie remplaça la tristesse.

C’était ainsi.

C’était un temps de guerre.

C’était l’occupation.

Tout allait très vite, trop vite, comme si le temps pouvait s’arrêter à tout moment.

Je vais pourtant m’endormir ce soir le cœur un peu plus léger.

Je sais qu’au dehors, le danger guette.

Avant, je ne savais pas pourquoi.

Aujourd’hui je le sais.

Je suis juif.

Ma vie n’était et ne sera plus la même depuis que des gens ont décidé qu’être juif ce n’était pas bien.

Maman et papa m’ont dit que ce serait comme cela désormais jusqu’à ce que des jours meilleurs arrivent. Alors, pendant deux ans, j’ai attendu, et ces jours meilleurs ne sont jamais venus.

J’ai vu des hommes en chemises noires casser les magasins de parents d’amis d’enfance, hurlant des mots de haine que je n’entendis pas parce que ma mère avait mis ses mains sur mes oreilles.

Des gens de ma famille n’ont plus donné signe de vie depuis qu’un camion est venu une nuit les emporter vers un ailleurs dont aucun n’étaient pas encore revenus.

C’est ce que disait ma grand-mère Esther avant d’être emmenée à son tour avec grand-père David.

La violence était devenue aussi contagieuse qu’une terrible maladie.

Les synagogues explosèrent les unes après les autres.

Des étoiles jaunes en tissus fleurissaient sur les manteaux des juifs pour qu’ils soient reconnus.

Le règne de la peur avait fait sombrer ma ville dans le chaos.

J’ignorais que la peur avait une odeur.

J’ai appris à la reconnaître et à la flairer comme ces animaux qu’on traque et qui transpire d’effroi.

Voilà ce que ma ville faisait à ceux que j’aimais. 

Je ne voulais plus y vivre.

Je ne veux plus y vivre car ma ville me fait peur.

Merci mon cher carnet d’accueillir mes mots.

Cela me fait du bien.

Je vais continuer demain.

Je te souhaite une très bonne nuit,

Ton ami Samuel avec sa plume et son encrier.

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2021-03-06T16:07:56+01:00

Les Aventures de la Communauté des Crassent-Qui-Puent

Publié par Morwenna Mairin Morgan

LES AVENTURES DE LA COMMUNAUTÉ

DES CRASSENT-QUI-PUENT

EXTRAIT : Le début de l'histoire ...

PROLOGUE

Lorsque je suis partie d’Ynis Witrin la Grande, mon île sacrée, mes pas se sont égarés dans de nombreuses contrées. C’est ainsi que je découvris et passais quelques temps dans une ville nommée Oxford. C’était une belle cité médiévale, fort agréable, où j’ai eu l’immense honneur d’être conviée à la célèbre assemblée des Inklings.

C’était un cercle littéraire qui avait pris pour habitude de se rencontrer tous les mardis. Ainsi, chaque semaine, ce même jour, les membres s’y réunissaient dans le coin d’un pub, The Eagle and Child à Saint Giles Street.

Comme cela était très fréquent, à cette époque-là, en Angleterre, les femmes étaient rarement acceptées dans ces associations littéraires ou dans les clubs londoniens, à quelques très rares exceptions.

D’heureuses circonstances m’ont permise néanmoins d’avoir l’immense chance d’être invitée à une de leur soirée. Celle-ci s’est déroulée dans le plus grand des secrets car il n’était pas question, pour les membres de cette confrérie littéraire, qu’on sache à l’extérieur de ces murs, qu’une personne du sexe opposé avait pu pénétrer aussi facilement en ce lieu emblématique où les portes de l’imaginaire restaient ouvertes à l’infini.

C’est la rencontre fortuite avec un des membres des Inklings qui m’ouvrit les portes de ce sésame. J’eus la joie d’y découvrir un homme extraordinaire et charmant : John Ronuald Reuel Tolkien. Je sentis en lui vibrer les énergies des mondes anciens, mais aussi de profondes blessures, de celles qui forgent les hommes sages, de ceux qui traversent les temps obscurs une lumière éternelle accrochée au cœur. Il remarqua immédiatement le médaillon de mon ordre ainsi que le croissant de lune inversé tatoué sur mon front. Loin d’en être effrayé ou intrigué, son visage s’illumina. Il commença à me parler de son monde imaginaire, mais aussi de la grande œuvre fantastique qu’il était en train d’écrire.

Je bénis sur l’instant la clairvoyance de cet homme qui savait voir derrière le voile des Brumes du Temps. Survolant les notes et regardant ses croquis, les mots, les personnages et les langues inventées avaient une puissance romantique et poétique que je n’avais pas ressentie depuis fort longtemps. J’étais émerveillée et sous le charme de cet humain qui recréait avec son imagination un monde que j’avais oublié. Pendant qu’il me racontait sa Terre du Milieu, je revoyais des images anciennes que ma mémoire avait effacées jusqu’à ce que Monsieur Tolkien me les rappelât en quelques instants. Lorsque nous traversions les Brumes du Temps par la Grande Arche du Trilithe de Stonehenge, j’allais de temps en temps visiter avec Viviane, la Dame du lac, nos amis les elfes et les nains. Les mots portés par ce maître enchanteur des histoires animaient des scènes devant mes yeux, de ces banquets pantagruéliques chez les Nains de la Montagne Noire jusqu’au fumet délicat des mets recherchés des elfes du sud qui enchantaient nos papilles.

Ce fut lors d’un de ces banquets de gourmets et de gourmandises exquises, qu’un elfe, plus cabotin que les autres de son clan, osa me conter une histoire des plus abracadabrantesques. Ce souvenir me fit rire soudain et Monsieur Tolkien me regarda stupéfait. Je m’en excusai auprès de lui et livra des bribes de ce récit totalement loufoque de jeunes elfes révoltés qui décidèrent de fonder une communauté un peu spéciale afin de se révolter contre leurs aînés.

Monsieur Tolkien me scruta alors pensif et murmura doucement :

       «  - Ah, oui, une Communauté… Un anneau … De jeunes elfes … Non, pas de jeunes elfes …Je l’avais noté, là, dans mes feuillets…. Le début de l’histoire est ici… Euh, non, sûrement là…».

Fouillant fiévreusement dans les pages volantes de son imaginaire, il brandit soudain victorieux, un feuillet copieusement griffonné, annoté, dessiné.

       « - Ahah, voilà, j’ai trouvé ! Initialement, je l’avais noté sur la copie d’un élève après des heures de corrections, et puis, je l’ai reporté ici sur ce brouillon de notes et de croquis  », s’exclama-t-il les yeux brillants, visiblement se parlant à lui-même car il semblait avoir totalement oublié ma présence, mais également celle de tous les membres des Inklings. L’air absent, il s’installa à une table du pub, prit une nouvelle feuille blanche et commença à noter fébrilement : « Dans un trou vivait un hobbit… ».

Laissant mon nouvel ami à ses écrits, ne voulant point troubler les flots de son inspiration, je décidais de suivre Clive Staples Lewis qui trépignait d’impatience. Nous rejoignîmes Owen Barfield ainsi que leur complice de toujours, Charles Walter Stansby Williams, déjà engagés dans une discussion passionnée mêlant ésotérisme, philosophie et théologie.

La soirée ne faisait que commencer…

Pour en revenir à la fameuse histoire racontée par l’elfe du sud, Argül, je dois dire que j’ai beaucoup ri et j’en ris encore dès que je me la remémore.

Elle saura, je l’espère changer le regard de celles et ceux qui sont persuadés que mettre les gens dans des cases, est la seule règle possible en société. Ils s’imaginent que seules les valeurs auxquelles ils croient, sont les meilleures refusant celles de ceux qui ne pensent pas comme eux. Faisant preuve d’intolérance, certains d’entre eux n’hésitent pas à faire preuve de méchancetés er de discriminations envers celles et ceux dont les critères physiques ou sociaux ne leur conviennent pas.

Ah, si cette aventure rocambolesque pouvait les rendre plus clairvoyants et bienveillants…

PREMIÈRE PARTIE

1. LES DÉBUTS DE LA COMMUNAUTÉ  DES CRASSES-QUI-PUENT : CRADOC…

Cradoc, il s'appelait Cradoc. Depuis la section des Miels Enchantés de la crèche des Elfes Petits, avec Boule de Gomme, ils s'étaient dit qu'ils seraient amis pour la vie. Les professeurs du Cercle des Initiations Elfiques savaient depuis de longues années que ces deux-là, on ne pourrait jamais les séparer. Cradoc et Boule de Gomme, c'était devenu une évidence. On ne voyait jamais l'un sans l'autre et vis versa.

Ils étaient in-sé-pa-ra-bles !

En réalité, Cradoc et Boule de Gomme n'étaient pas leurs véritables noms. Au pays de Turgon Ancalímon, ces deux compères se nommaient Andúnë Felagund (Cradoc) et Elwë Ringëril (Boule de Gomme). Ils vivaient tous deux au cœur d'une somptueuse cité : Tarí Melwasúl.

Il y a de cela quelques lunes, ils trouvèrent l'idée séduisante de partir en résistance contre les elfes adultes de la contrée. Personne dans ce grand pays peuplé d'elfes parfaits n'aurait pu imaginer que deux de leur chérubin s'en étaient allés faire la guerre à ce qu’ils considéraient comme une grande ennemie : l'eau. Pour bien comprendre ce qui se jouait dans cet événement extraordinaire, il fallait retourner vers le passé de l'immense territoire de Turgon Ancalímon.

En effet, depuis des millénaires, les elfes du sud comme ceux du nord y vivaient en paix et en parfaite harmonie. Parfaite était le mot le plus juste qu'il soit pour expliquer le fonctionnement du pays de ces êtres fabuleux. Pour chaque journée qui s'écoulait, ils déployaient une énergie incroyable à entretenir un culte immuable pour la perfection. Cet héritage, ils le faisaient fructifier au travers de multiples rituels afin que tout, absolument tout dans le pays, puisse être parfait !

Pour donner un exemple, certains d'entre eux achetaient à prix d'or des onguents précieux et magiques pour que leurs cheveux et leurs peaux soient d'une pureté et beauté exceptionnelles. D'autres dessinaient à la plume enchantée des entrelacs et arabesques savamment esquissés sur leur corps devenu une véritable œuvre d'art.

Ces excentricités de quelques-uns des elfes du sud avaient le don d'exaspérer Cradoc et Boule de Gomme. Notamment dans les tenues vestimentaires, ceux-ci n'hésitaient pas à surcharger leurs tuniques d'or et de pierres précieuses. Tout dans leur démarche ressemblait à si méprendre à des coqs fiers et hautains. Du moins, c’est ce que pensait Cradoc et Boule de Gomme qui parfois les observaient, cachés derrière le large tronc d’un chêne sacré et n’en finissaient pas de se moquer. En silence bien évidemment.

Même les elfes anciens, fumant leurs longues pipes d'écume de mer, s'étaient beaucoup amusés de ces innombrables changements durant cette longue période de mille ans. On les retrouvait souvent assis sur le muret qui longeait la Rivière des Pierres qui Chantent. Là, ils passaient de longues heures à mâchouiller le bec de leur étrange calumet couleur d'albâtre qui étaient en réalité de véritables œuvres d'art délicatement ciselées. Leurs larges foyers laissaient échapper d'étranges spirales qui s'envolaient au grès des brises se transformant au fil de leur imagination en vaisseau tout de voiles tendues ou en licornes chevauchant les étoiles du firmament. Ces volutes d'essences de bois séchés et d'herbes mystérieuses entouraient les vieux sages de flagrances (ou de parfum) subtiles et enivrantes. Ils étaient tellement vieux que personne n'osaient les contrarier. D'ailleurs, ils s'en amusaient au dépend des jeunes elfes et s'accordaient volontiers quelques écarts de langages. Aux jeunes apprentis du Cercle des Initiations Elfiques passant par là (et en particulier à Cradoc et Boule de Gomme), ils lançaient souvent l'air goguenard :

« - Faites pas les imbéciles, elfecripans, que vous êtes ! Faites comme vous disent vos parents ! Pas un pet de jeu et tout ira bien ! Cherchez pas les embrouilles», marmonnaient-ils « car cela fait des lunes que c'est ainsi ! Ne pensez pas que vos aînés auront envie de changer tout cela ! Non, non, n'essayez même pas de l'imaginer ! », lançaient-ils en fronçant les yeux le regard sévère. Puis, ils tournaient la tête pour échanger des regards malicieux. Ces lascars à l'âge canonique n'en finissaient pas de taquiner ainsi les jeunes elfes qui les regardaient les yeux grands ouverts d'étonnement, incapables de comprendre un traître mot du surprenant langage des anciens.

« - Faut bien en profiter, les gars, car bientôt des jeunes elfes, il n'y en aura plus à blaguer. À force de poursuivre ce rêve inaccessible d'une absolue perfection, nos enfants sont devenus des adultes bien stupides. », s'exclama Argül l'air pensif.

« - Tu as bien raison », lui répondit un elfe tellement vieux qu'il en était translucide.

Cela l'agaçait assez souvent, surtout lorsque les elfecripans pouffaient de rire sur son passage. À part sa presque transparence, Logtän avait une apparence longiligne et cette extraordinaire pâleur qui témoignaient que de nombreuses aurores s'étaient levées depuis le jour de sa naissance.

« - Hum, Logtän, ne penses-tu pas que ces petits garnements vont mettre une sacrée pagaille au pays de Turgon Ancalímon ? », demanda Argül tout en bourrant sa pipe en écume de mer.

« - Il se pourrait bien que oui, mon cher Argül », admit-il tout en hochant la tête d'un air entendu, plissant ses yeux opalescents. « Oui, il se pourrait effectivement qu'ils nous étonnent ces petits garnements. L'un d'eux, d'ailleurs, me rappelle le jeune sacripant que je fus au même âge. T'en souviens-tu Argül ? ».

« - Si je m'en souviens mon ami ! Hahaha, qu'est-ce qu'on a pu les rendre fous les habitants de notre cité ! »

« - Oooh ! te rappelles-tu de la fois où nous avions peint en rose et vert tous les chevaux Otliméens, la veille de la procession en mémoire de nos ancêtres, les Tuatha de Danaan ? Sacré nom d’une pipe sculptée, Tarí Melwasúl ne fut plus jamais la même et pendant plusieurs lunes ! Mais, qu’est-ce qu’on a pu en passer du bon temps ! », s’extasia Logtän avec gourmandise les yeux pétillants de joie. « C’était une époque bénie des Dieux ! ».

Les yeux perdus dans leurs souvenirs, les Anciens se remémoraient un âge que la mémoire collective des elfes semblait avoir oublié. Comme si un cycle entier de leur histoire s’était évaporé tout au long de ces millénaires bien trop vite écoulés.

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2021-03-05T10:58:24+01:00

Mon imaginaire...

Publié par Morwenna Mairin Morgan

Mon imaginaire m'accompagne. Il est mon espace de liberté où s'éveille ma créativité. C'est là que naissent toutes mes petites histoires. Il y a mon imaginaire éveillé mais aussi celui de mon monde endormi, où mes rêves se succèdent pour mieux enrichir ma plume de contes et de légendes ....

 

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2021-03-02T12:02:17+01:00

Artiste Eve ... Ma talentueuse complice ....

Publié par Morwenna Mairin Morgan

Dans le cadre du Festival Romain Gary, comme d'autres auteurs, j'ai participé à la rédaction d'une nouvelle pour le nouveau magazine I Vagabondi. 📚

, ma merveilleuse complice et talentueuse illustratrice va faire les illustrations de cette nouvelle dont vous découvrez, ici, les premières esquisses...

Si je vous raconte que nos univers et nos imaginaires se sont rencontrés pour la première fois sur Linkedin, un réseau social, il y a une dizaine d'années.
Depuis, nous n'avons jamais cessé de communiquer et d'échanger. Elle a magnifiquement illustré "Jeanne et Poulcrote le Farfadet".
Ce que vous ignorez, c'est que nous ne nous sommes jamais rencontrées puisque nous vivons à 7000 km l'une de l'autre...

Merci,

, pour ces aquarelles qui savent si magiquement deviner mes personnages et mon imaginaire...

😍
Artiste Eve  ...  Ma talentueuse complice ....
Artiste Eve  ...  Ma talentueuse complice ....
Artiste Eve  ...  Ma talentueuse complice ....
Artiste Eve  ...  Ma talentueuse complice ....
Artiste Eve  ...  Ma talentueuse complice ....

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2021-03-02T11:38:53+01:00

Report du Festival Romain Gary

Publié par Morwenna Mairin Morgan
Le Festival est reporté ...
Je tenais à saluer la persévérance de toute cette équipe qui, face à cette pandémie, ne lâche rien...
J'aurais l'occasion de vous y retrouver non pas sous la brise printanière du mois de mai 🌿🌺🌼🌻, mais au milieu des couleurs sublimes de l'automne...🍂🍁🍄
Je vous souhaite une belle journée, le meilleur sera pour demain ...😍
 
💪📚💪
 
 
Report du Festival Romain Gary
Report du Festival Romain Gary
Report du Festival Romain Gary

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2021-02-26T19:03:07+01:00

Tenter d'autres voies créatives ...

Publié par Morwenna Mairin Morgan

Depuis quelques mois, je travaille à l'écriture d'un manuscrit qui n'aura rien à voir avec tout ce que j'ai pu écrire jusqu'à présent...

Ce ne sera pas une histoire pour les petits mais pour les plus grands 🙂

Elle reste ancrée dans mon imaginaire sous la forme d'un roman. 

Ce n'est pas simple, mais je me suis fixée cet objectif et surtout, je ne lâche rien jusqu'à ce que le résultat soit comme je l'ai rêvée. 

Vous le découvrirez bientôt ...

 

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2020-05-04T09:19:10+02:00

imagine...

Publié par Morwenna Mairin Morgan

VOICI UNE INVITATION POUR INCITER À LIRE OU À ECOUTER DES HISTOIRES ...

UN LIVRE, C'EST UN CHEMIN VERS LA LIBERTÉ... TA LIBERTÉ!

RACONTER DES HISTOIRES, C'EST UN MOMENT PRÉCIEUX QU'ON PARTAGE EN FAMILLE OU AVEC DES AMIS...

LIRE, C'EST FRANCHIR DES PORTES VERS DES MONDES INFINIS OÙ TON IMAGINAIRE CROISE LA ROUTE DES ETOILES …

NE CESSE JAMAIS DE LIRE, DE RÊVER, ET D'IMAGINER...

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2020-04-30T17:48:44+02:00

Imagine et rêve ...

Publié par Morwenna Mairin Morgan
Imagine des mots qui volent dans ta tête, comme des papillons enchantés.🦋..
 
Imagine leurs farandoles folles qui chuchotent des mots qui parlent d'aventures et d'étoiles 🌠au firmament...
 
Imagine le beau voyage que tu ferais, si tu décidais, un jour, de t'envoler dans ton esprit ...🐇
 
Imagine les contrées merveilleuses, peuplées d'elfes et de farfadets, où les fées chevauchent des licornes 🦄 à la robe immaculée...🐛
 
Imagine les danses au cœur des cercles de pierres lorsque la lune ronde et belle éclaire de sa lumière blanche🌝, les flûtes magiques des lúchorpáin...🐞
 
Imagine les pierres dressées taillées dans le granit où les druides 🧙‍♂️et prêtresses 🧙‍♀️de l'île sacrée venaient y honorer les rythmes de la vie...🦌
 
Imagine les fleurs de près💐, comme un bonheur, courant sur les vallons d'émeraude, pour aller doucement s'allonger au bord d'une source cristalline...🐿
 
Imagine et rêve ...🌬
Imagine et rêve ...

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