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2021-03-06T16:07:56+01:00

Les Aventures de la Communauté des Crassent-Qui-Puent

Publié par Morwenna Mairin Morgan

LES AVENTURES DE LA COMMUNAUTÉ

DES CRASSENT-QUI-PUENT

EXTRAIT : Le début de l'histoire ...

PROLOGUE

Lorsque je suis partie d’Ynis Witrin la Grande, mon île sacrée, mes pas se sont égarés dans de nombreuses contrées. C’est ainsi que je découvris et passais quelques temps dans une ville nommée Oxford. C’était une belle cité médiévale, fort agréable, où j’ai eu l’immense honneur d’être conviée à la célèbre assemblée des Inklings.

C’était un cercle littéraire qui avait pris pour habitude de se rencontrer tous les mardis. Ainsi, chaque semaine, ce même jour, les membres s’y réunissaient dans le coin d’un pub, The Eagle and Child à Saint Giles Street.

Comme cela était très fréquent, à cette époque-là, en Angleterre, les femmes étaient rarement acceptées dans ces associations littéraires ou dans les clubs londoniens, à quelques très rares exceptions.

D’heureuses circonstances m’ont permise néanmoins d’avoir l’immense chance d’être invitée à une de leur soirée. Celle-ci s’est déroulée dans le plus grand des secrets car il n’était pas question, pour les membres de cette confrérie littéraire, qu’on sache à l’extérieur de ces murs, qu’une personne du sexe opposé avait pu pénétrer aussi facilement en ce lieu emblématique où les portes de l’imaginaire restaient ouvertes à l’infini.

C’est la rencontre fortuite avec un des membres des Inklings qui m’ouvrit les portes de ce sésame. J’eus la joie d’y découvrir un homme extraordinaire et charmant : John Ronuald Reuel Tolkien. Je sentis en lui vibrer les énergies des mondes anciens, mais aussi de profondes blessures, de celles qui forgent les hommes sages, de ceux qui traversent les temps obscurs une lumière éternelle accrochée au cœur. Il remarqua immédiatement le médaillon de mon ordre ainsi que le croissant de lune inversé tatoué sur mon front. Loin d’en être effrayé ou intrigué, son visage s’illumina. Il commença à me parler de son monde imaginaire, mais aussi de la grande œuvre fantastique qu’il était en train d’écrire.

Je bénis sur l’instant la clairvoyance de cet homme qui savait voir derrière le voile des Brumes du Temps. Survolant les notes et regardant ses croquis, les mots, les personnages et les langues inventées avaient une puissance romantique et poétique que je n’avais pas ressentie depuis fort longtemps. J’étais émerveillée et sous le charme de cet humain qui recréait avec son imagination un monde que j’avais oublié. Pendant qu’il me racontait sa Terre du Milieu, je revoyais des images anciennes que ma mémoire avait effacées jusqu’à ce que Monsieur Tolkien me les rappelât en quelques instants. Lorsque nous traversions les Brumes du Temps par la Grande Arche du Trilithe de Stonehenge, j’allais de temps en temps visiter avec Viviane, la Dame du lac, nos amis les elfes et les nains. Les mots portés par ce maître enchanteur des histoires animaient des scènes devant mes yeux, de ces banquets pantagruéliques chez les Nains de la Montagne Noire jusqu’au fumet délicat des mets recherchés des elfes du sud qui enchantaient nos papilles.

Ce fut lors d’un de ces banquets de gourmets et de gourmandises exquises, qu’un elfe, plus cabotin que les autres de son clan, osa me conter une histoire des plus abracadabrantesques. Ce souvenir me fit rire soudain et Monsieur Tolkien me regarda stupéfait. Je m’en excusai auprès de lui et livra des bribes de ce récit totalement loufoque de jeunes elfes révoltés qui décidèrent de fonder une communauté un peu spéciale afin de se révolter contre leurs aînés.

Monsieur Tolkien me scruta alors pensif et murmura doucement :

       «  - Ah, oui, une Communauté… Un anneau … De jeunes elfes … Non, pas de jeunes elfes …Je l’avais noté, là, dans mes feuillets…. Le début de l’histoire est ici… Euh, non, sûrement là…».

Fouillant fiévreusement dans les pages volantes de son imaginaire, il brandit soudain victorieux, un feuillet copieusement griffonné, annoté, dessiné.

       « - Ahah, voilà, j’ai trouvé ! Initialement, je l’avais noté sur la copie d’un élève après des heures de corrections, et puis, je l’ai reporté ici sur ce brouillon de notes et de croquis  », s’exclama-t-il les yeux brillants, visiblement se parlant à lui-même car il semblait avoir totalement oublié ma présence, mais également celle de tous les membres des Inklings. L’air absent, il s’installa à une table du pub, prit une nouvelle feuille blanche et commença à noter fébrilement : « Dans un trou vivait un hobbit… ».

Laissant mon nouvel ami à ses écrits, ne voulant point troubler les flots de son inspiration, je décidais de suivre Clive Staples Lewis qui trépignait d’impatience. Nous rejoignîmes Owen Barfield ainsi que leur complice de toujours, Charles Walter Stansby Williams, déjà engagés dans une discussion passionnée mêlant ésotérisme, philosophie et théologie.

La soirée ne faisait que commencer…

Pour en revenir à la fameuse histoire racontée par l’elfe du sud, Argül, je dois dire que j’ai beaucoup ri et j’en ris encore dès que je me la remémore.

Elle saura, je l’espère changer le regard de celles et ceux qui sont persuadés que mettre les gens dans des cases, est la seule règle possible en société. Ils s’imaginent que seules les valeurs auxquelles ils croient, sont les meilleures refusant celles de ceux qui ne pensent pas comme eux. Faisant preuve d’intolérance, certains d’entre eux n’hésitent pas à faire preuve de méchancetés er de discriminations envers celles et ceux dont les critères physiques ou sociaux ne leur conviennent pas.

Ah, si cette aventure rocambolesque pouvait les rendre plus clairvoyants et bienveillants…

PREMIÈRE PARTIE

1. LES DÉBUTS DE LA COMMUNAUTÉ  DES CRASSES-QUI-PUENT : CRADOC…

Cradoc, il s'appelait Cradoc. Depuis la section des Miels Enchantés de la crèche des Elfes Petits, avec Boule de Gomme, ils s'étaient dit qu'ils seraient amis pour la vie. Les professeurs du Cercle des Initiations Elfiques savaient depuis de longues années que ces deux-là, on ne pourrait jamais les séparer. Cradoc et Boule de Gomme, c'était devenu une évidence. On ne voyait jamais l'un sans l'autre et vis versa.

Ils étaient in-sé-pa-ra-bles !

En réalité, Cradoc et Boule de Gomme n'étaient pas leurs véritables noms. Au pays de Turgon Ancalímon, ces deux compères se nommaient Andúnë Felagund (Cradoc) et Elwë Ringëril (Boule de Gomme). Ils vivaient tous deux au cœur d'une somptueuse cité : Tarí Melwasúl.

Il y a de cela quelques lunes, ils trouvèrent l'idée séduisante de partir en résistance contre les elfes adultes de la contrée. Personne dans ce grand pays peuplé d'elfes parfaits n'aurait pu imaginer que deux de leur chérubin s'en étaient allés faire la guerre à ce qu’ils considéraient comme une grande ennemie : l'eau. Pour bien comprendre ce qui se jouait dans cet événement extraordinaire, il fallait retourner vers le passé de l'immense territoire de Turgon Ancalímon.

En effet, depuis des millénaires, les elfes du sud comme ceux du nord y vivaient en paix et en parfaite harmonie. Parfaite était le mot le plus juste qu'il soit pour expliquer le fonctionnement du pays de ces êtres fabuleux. Pour chaque journée qui s'écoulait, ils déployaient une énergie incroyable à entretenir un culte immuable pour la perfection. Cet héritage, ils le faisaient fructifier au travers de multiples rituels afin que tout, absolument tout dans le pays, puisse être parfait !

Pour donner un exemple, certains d'entre eux achetaient à prix d'or des onguents précieux et magiques pour que leurs cheveux et leurs peaux soient d'une pureté et beauté exceptionnelles. D'autres dessinaient à la plume enchantée des entrelacs et arabesques savamment esquissés sur leur corps devenu une véritable œuvre d'art.

Ces excentricités de quelques-uns des elfes du sud avaient le don d'exaspérer Cradoc et Boule de Gomme. Notamment dans les tenues vestimentaires, ceux-ci n'hésitaient pas à surcharger leurs tuniques d'or et de pierres précieuses. Tout dans leur démarche ressemblait à si méprendre à des coqs fiers et hautains. Du moins, c’est ce que pensait Cradoc et Boule de Gomme qui parfois les observaient, cachés derrière le large tronc d’un chêne sacré et n’en finissaient pas de se moquer. En silence bien évidemment.

Même les elfes anciens, fumant leurs longues pipes d'écume de mer, s'étaient beaucoup amusés de ces innombrables changements durant cette longue période de mille ans. On les retrouvait souvent assis sur le muret qui longeait la Rivière des Pierres qui Chantent. Là, ils passaient de longues heures à mâchouiller le bec de leur étrange calumet couleur d'albâtre qui étaient en réalité de véritables œuvres d'art délicatement ciselées. Leurs larges foyers laissaient échapper d'étranges spirales qui s'envolaient au grès des brises se transformant au fil de leur imagination en vaisseau tout de voiles tendues ou en licornes chevauchant les étoiles du firmament. Ces volutes d'essences de bois séchés et d'herbes mystérieuses entouraient les vieux sages de flagrances (ou de parfum) subtiles et enivrantes. Ils étaient tellement vieux que personne n'osaient les contrarier. D'ailleurs, ils s'en amusaient au dépend des jeunes elfes et s'accordaient volontiers quelques écarts de langages. Aux jeunes apprentis du Cercle des Initiations Elfiques passant par là (et en particulier à Cradoc et Boule de Gomme), ils lançaient souvent l'air goguenard :

« - Faites pas les imbéciles, elfecripans, que vous êtes ! Faites comme vous disent vos parents ! Pas un pet de jeu et tout ira bien ! Cherchez pas les embrouilles», marmonnaient-ils « car cela fait des lunes que c'est ainsi ! Ne pensez pas que vos aînés auront envie de changer tout cela ! Non, non, n'essayez même pas de l'imaginer ! », lançaient-ils en fronçant les yeux le regard sévère. Puis, ils tournaient la tête pour échanger des regards malicieux. Ces lascars à l'âge canonique n'en finissaient pas de taquiner ainsi les jeunes elfes qui les regardaient les yeux grands ouverts d'étonnement, incapables de comprendre un traître mot du surprenant langage des anciens.

« - Faut bien en profiter, les gars, car bientôt des jeunes elfes, il n'y en aura plus à blaguer. À force de poursuivre ce rêve inaccessible d'une absolue perfection, nos enfants sont devenus des adultes bien stupides. », s'exclama Argül l'air pensif.

« - Tu as bien raison », lui répondit un elfe tellement vieux qu'il en était translucide.

Cela l'agaçait assez souvent, surtout lorsque les elfecripans pouffaient de rire sur son passage. À part sa presque transparence, Logtän avait une apparence longiligne et cette extraordinaire pâleur qui témoignaient que de nombreuses aurores s'étaient levées depuis le jour de sa naissance.

« - Hum, Logtän, ne penses-tu pas que ces petits garnements vont mettre une sacrée pagaille au pays de Turgon Ancalímon ? », demanda Argül tout en bourrant sa pipe en écume de mer.

« - Il se pourrait bien que oui, mon cher Argül », admit-il tout en hochant la tête d'un air entendu, plissant ses yeux opalescents. « Oui, il se pourrait effectivement qu'ils nous étonnent ces petits garnements. L'un d'eux, d'ailleurs, me rappelle le jeune sacripant que je fus au même âge. T'en souviens-tu Argül ? ».

« - Si je m'en souviens mon ami ! Hahaha, qu'est-ce qu'on a pu les rendre fous les habitants de notre cité ! »

« - Oooh ! te rappelles-tu de la fois où nous avions peint en rose et vert tous les chevaux Otliméens, la veille de la procession en mémoire de nos ancêtres, les Tuatha de Danaan ? Sacré nom d’une pipe sculptée, Tarí Melwasúl ne fut plus jamais la même et pendant plusieurs lunes ! Mais, qu’est-ce qu’on a pu en passer du bon temps ! », s’extasia Logtän avec gourmandise les yeux pétillants de joie. « C’était une époque bénie des Dieux ! ».

Les yeux perdus dans leurs souvenirs, les Anciens se remémoraient un âge que la mémoire collective des elfes semblait avoir oublié. Comme si un cycle entier de leur histoire s’était évaporé tout au long de ces millénaires bien trop vite écoulés.

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